Concours

Concours du lycée Ampère de Lyon

Le lycée Ampère de Lyon organise et propose à ses élèves et son personnel un concours de correspondance sur le thème du festival.
Ce concours a pour objet de permettre aux élèves et aux adultes – personnels compris – du lycée Ampère de mettre en valeur leurs talents littéraires sous la forme d'une lettre.

Le Festival de la correspondance qui poursuit son engagement auprès des acteurs culturels de la région est heureux d'accueillir cette initiative et d'inviter les lauréats à participer au Festival.
Les meilleures lettres de chaque catégorie ont été affichées sous forme d'exposition pendant le festival.

Résultats 2010
Le thème du concours était « Le théâtre »

Sœur Lili
Couvent Saint Thomas
04300 Mane
France

M. Don Juan Auberge
du plaisir éphémère
69680 GOUFFRE
France

13 décembre 1750

Cher Don Juan,

Je suis une jeune femme qui consacre sa vie au ciel. Bien qu'interdit en ces lieux, j'ai pu entendre Molière conter votre histoire, votre vie. Voyez-vous, c'est comme cela que j'ai appris à vous connaître, car je me suis fort intéressée à votre personne, vous m'avez… intrigué… oui, c'est cela, intrigué. J'ai trouvé votre esprit très particulier, plein de contradiction, et pourtant non dépourvu d'une certaine logique. Par exemple, vous n'êtes pas agnostique, vous êtes athée. C'est un fait. Vous le dites hautement et fièrement à votre valet : « Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit ». Cependant vous ne cessez de provoquer. Vous semblez sans cesse envoyer des défis à Dieu, (je pense à ce que vous avez dit à ce pauvre, près de l'église) et ce, comme si vous vous vouliez en fait, simplement qu'il se manifeste, qu'il vous donne une preuve de son existence. Je pense que vous aimeriez pouvoir espérer, mais que jusqu'à présent, rien ne vous a prouvé la présence d'une quelconque existence « supérieure ». J'ai aussi remarqué votre irritation, lorsque Sganarelle fait référence à Dieu : « Va, va, c'est une affaire entre le Ciel et moi… Paix ! » Ce sont vos mots. Puis, lorsqu'il vous demande si vous croyez ou non au Ciel, vous répondez seulement : « laissons cela », alors que d'ordinaire, vous privilégiez le dialogue avec votre valet, chose que j'admire, consciente que peu de gens le font.

Je sais également que malgré votre attitude provocatrice, votre mépris pour votre père, l'hypocrisie constante dont vous faites preuve, envers lui, envers Dieu, envers les femmes, envers tous… vous obéissez à un code chevaleresque, qui est certes, un peu désuet, mais louable. Vous n'hésitez pas à voler au secours des gens, sans même les connaître. La pièce, au pauvre, vous la lui avez finalement donnée. Vous avez une certaine droiture, une dignité, et vous dénoncez les hypocrisies sociales et les impostures, dont les médecins font bien entendu partie. J'ai trouvé l'une de vos remarques tristement vraie : « l'hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour des vertus ».

Il y a une dernière chose dont j'aimerais vous parler, il s'agit de votre conception de l'amour. Vous n'aimez pas, vous prenez du plaisir. Vous passez d'une femme à une autre, les traitant comme des objets, bafouant leurs sentiments et leur dignité. Pensez-vous au mal que vous leur faite ? Certaines ne vous en veulent pas, mais d'autres sont brisées. Votre conception de l'amour est vraiment … particulière, mais je dois vous avouez que je la comprends, sans l'approuver toutefois. Il est vrai que l'amour entre deux personnes peut se transformer en routine, il est vrai que le meilleur instant demeure la séduction, celle qui a lieu lors de l'amour naissant, celle qui dure, celle qui passionne et nous fait vivre des moments remarquables et mémorables. Je connais ce dont vous parlez, voyez-vous, je ne suis pas née dans un couvent ! J'ai été moi-même victime, j'ai été brisée, pas par vous, par un être dont la cruauté est inégalable, et dont je n'ai trouvé comme moyen de fuir, que de m'enfermer dans un couvent, bien que je ne sois absolument pas croyante. Pouvez-vous ne serait-ce qu'imaginer ce que cela fait, de se retrouver enfermée, captive de vos propre décisions. Car j'avais le choix de rentrer au couvent ou non, mais ce genre de choix ne laisse en réalité, aucune échappatoire. Car même si je lui ai physiquement échappé, je n'en reste pas moins prisonnière de la terreur qu'il a fait naître en moi, et qui, je le crains fort, ne s'estompera jamais.

Vous n'êtes pas comme lui. Vous ne m'effrayez pas. J'ai la conviction que vous n'agissez pas pour détruire, mais pour obtenir des réponses, qu'il s'agisse d'amour ou de spiritualité. Vous êtes si triste … vous portez si habillement votre masque, que votre entourage est aisément trompé. Don Juan, cessez de vous faire du mal ! Sauvez vous ! Abandonnez votre habit et changez de vie. Respirez, profitez réellement de votre existence ! Je pense que nous n'avons qu'une vie et c'est celle-là que nous vivons. Si vous désirez correspondre, ou tout juste répondre à ce billet, que ce soit pour critiquer, ou dialoguer, sachez que chaque jour désormais, j'attendrai, j'espèrerai, un courrier, un mot, une ligne de votre part. J'attendrai

Je vous remercie de m'avoir accordé ces instants, et j'espère ne pas simplement rejoindre le nombre de vos victimes.

Affectueusement vôtre,
Lili

Mon très cher neveu,

Vous qui des années durant avez joui des trésors de ma générosité et d'une écoute de chaque instant, vous n'êtes pas sans savoir que je me tiens informé avec le plus grand soin de tout sujet vous concernant ; j'ai pour vous l'attention la plus délicate et je vous porte, est-il nécessaire de le dire, une affection toute particulière. Depuis que monsieur votre père nous a quittés, j'ai rempli le devoir qui m'incombait à votre endroit du mieux que je pouvais, et j'ai cru même vous offrir une éducation qui vous formât l'esprit de la plus belle manière, certain de vous voir bientôt utiliser de si précieux acquis à bon escient pour vous élever vers les places les plus enviées de la société ; avouez que j'étais bien naïf.

En effet quelle ne fut pas ma surprise, et ma douleur, lorsque mardi dernier, au salon de Mme de Bonchamp, j'appris, et ce par la bouche du plus méprisable des petits bourgeois de Paris, que le fils de feu mon frère -la chair de ma chair, le fruit de tous mes efforts !-, s'essayait depuis bientôt une semaine au métier -j'en tremble encore- d'acteur de théâtre ! Sachez, monsieur, qu'on vous complimentait ; vous êtes, paraît-il, très talentueux... Pour ma part je dissimulais ma gêne à grand-peine. Je crus tout d'abord qu'il s'agissait d'une farce de mauvais goût, ou tout du moins d'une méprise, mais ayant mené mon enquête je dus bientôt me résoudre à admettre l'affligeante vérité. Imaginez ma déception.

Avez-vous seulement songé, dans votre inconscience, à votre défunt père ? Que dirait-il de tels agissements ? Que penserait-il en voyant son nom ainsi bafoué et délibérément déshonoré ? Malheureux ! Vous ruinez votre réputation ; un homme de votre rang ne doit pas s'adonner à de ces fantaisies dignes d'un pitre.

Dois-je donc vous faire cette leçon ? Le métier d'acteur n'est pas sérieux. C'est quelque chose dans lequel se perdent les individus de la pire espèce, les miséreux, les vagabonds, les petites gens. Les acteurs sont des immoraux et des hérétiques. Ils n'ont aucune notion des convenances et des valeursqui sont celles des gens de bien ; ils servent tout au plus à divertir la bonne société. Entendez-vous cela ? Il faut vous défaire de cette lubie. Ne croyez pas, du reste, que vos nouveaux comparses aient envers votre personne un quelconque intérêt ; c'est votre argent dont ils goûtent la compagnie. Après tout vous n'êtes point de leur monde.

Jeune homme, je ne vous demande pas de ne plus aller voir jouer des pièces, bien entendu ; ce serait sans doute surestimer l'étendue de mon autorité sur vous. Tâchez simplement d'accorder moins d'importance à ce qui doit, pour nous autres nobles sujets, demeurer des futilités. Du reste, je ne vois pour ma part aucun inconvénient à ce que vous soyez un spectateur assidu si vous savez utiliser le théâtre pour ce qu'il est réellement : un outil ingénieux dont il faut savoir user pour impressionner. Ayez de l'élégance, parez-vous de richesses, choisissez une loge parmi les meilleures, sachez vous entourer de bonne compagnie et soyez le prince de chaque soirée. De telle sorte, vous serez satisfait et votre réputation n'aura pas à en pâtir, bien au contraire. Mais je ne vous apprends rien.

Par ailleurs, je dois admettre que les gens de noble sang sont de nos jours bien plus friands de ce genre de spectacles qu'ils ne l'étaient autrefois. Là encore, soyez judicieux dans le choix des pièces et des théâtres auxquels vous vous montrerez. Je connais bien sûr votre appétit et votre insatiable curiosité qui jadis m'amusaient ; vous voudriez tout voir : les maîtres comme Corneille et les nouveaux venus comme Molière, l'Hôtel de Bourgogne comme le Petit Bourbon. Cependant tout n'est pas bon pour vous. Certains sujets, certains endroits conviennent mieux que d'autres aux personnes de notre qualité. Il faut savoir s'appuyer sur des valeurs sûres. Les choses basses et frivoles telles que les farces, les comédies, enfin toutes ces absurdités que fabriquent les Italiens, sont destinées au vulgaire. Je ne veux pas vous y surprendre.

La tragédie, voilà un genre plus respectable. Il y est question de choses autrement plus élevées, et l'on y trouve les meilleurs auteurs ; c'est du moins ce qui se dit…

Mon cher neveu, je vous en conjure, renoncez à votre folie. Je sais combien est grand votre attachement pour ce monde burlesque et dépourvu de règles, mais il faut absolument quitter cette résolution dans laquelle vous êtes. En outre, et vous le savez, les choses de peu de sens ne perdurent pas. Vous qui vous passionnez pour les auteurs comiques, vous n'ignorez pas que la postérité leur préférera un Corneille. Et ce Molière que vous admirez tant, sans doute l'aurons-nous tous oublié avant qu'il soit demain. C'est une question de pur bon sens.

J'ose espérer que mes paroles vous ramèneront à la raison.
Je prie pour vous et suis de près vos aventures,

Monsieur le Comte du Puy
À Versailles, le 22 mai 1659

Carola Pinelli
Via Genezzano, Brescia

Rome, le 18 Janvier 1975

Ma chère sœur,

Ta lettre m'a fait grand plaisir et le dessin de Stefano que tu avais joint, est désormais accroché au dessus de mon lit, à côté de la photo où nous sommes tous les trois dans la neige. Il suffit que je le regarde pour vous imaginer tous deux dans la maison à Brescia. Elle doit déjà être enneigée en ce moment , non ? Oh ! si tu savais comme vous me manquez, toi et mon cher neveu !

Chaque jour en balayant la scène, je pense à vous. Oui, je fais toujours le ménage au Teatro dell'Opera de Rome. Quel bel endroit, me diras-tu ! Ce n'est pas vraiment gratifiant mais cela me fait de quoi rembourser Silvio, à propos de tu sais quoi … Et enfin pouvoir vous rejoindre. Quand je balayais hier soir, il y avait des répétitions pour Il silenzio del mare, une pièce qui me paraissait vraiment intéressante. Je n'ai vu que le début, mais c'était tellement, tellement intrigant ! L'ambiance me semblait irréelle et, surtout, et il y avait Giorgia Marini (Tu te souviens de cette actrice qu'on avait tellement appréciée ?) Bien sûr, elle ne se rappelle plus de moi. Après tout, je ne suis que balayeur ! Je passe chacune de mes journées dans ce théâtre mais personne ne me connaît. Tous les acteurs, metteurs en scènes qui y mettent les pieds ont droit à une tonne d'applaudissements, leur heure de gloire, mais pas moi !!! Même si je sais que mon « art » n'est pas aussi exceptionnel que le leur, et que d'ailleurs, le mien n'en est pas vraiment un, il me semble que mon rôle est tout aussi important que le leur, non ? Cependant, les spectateurs ne s'adressent à moi que pour me demander la direction des toilettes ! Elles sont pourtant clairement indiquées !!! Mais imagine, ma Carolina ! Imagine qu'un beau jour, les balais, éponges, javels, hommes et femmes de ménage viennent à disparaître ? Imagine, Figaro arrivant sur scène qui glisserait sur une flaque de boue ! Pense à cette poussière, cette crasse qui s'accumuleraient de jour en jour… Une … UNA MONTAGNA DI MERDA !!! Oui, c'est vrai, peut-être qu'Harpagon y verrait là un avantage : il n'aurait qu'à poser sa cassette au sol pour qu'elle disparaisse sous un tas de poussière, y trouvant là une excellente cachette. Mais les autre pièces ? Cela m'étonnerait fort qu'elles puissent s'accommoder de la situation…

C'est vrai, je suis moins intéressant qu'un acteur capable de changer de peau chaque soir, en enfilant un nouveau costume, en apprenant un nouveau texte. Mais c'est grâce à nous autre, nous les techniciens, couturiers, balayeurs qu'ils ont la possibilité de le faire !

Je sais Carola, que si tu étais face à moi, tu me dirais que je ne suis qu'un jaloux qui n'a pas réussi à trouver sa place parmi les acteurs de renommée. Oui, et je sais aussi que tu n'as pas tout à fait tort… C'est vrai que j'aurai beaucoup apprécié être un artiste. Me produire dans les plus beaux théâtre italiens, même les plus beau théâtres du monde ! Assister aux dernières répétitions toute la nuit dans le stress, voir les projecteurs m'éclairer, saluer, entendre des gens inconnus crier mon nom, revêtir les plus beaux costumes … Tu m'imagines dans un costume du Moyen - Age, brandissant une épée pour sauver ma bien aimée ? Ces magnifiques parures, ces tissus merveilleux, de la soie, du coton, du rouge, du bleu, de l'or … Ah ! Qu'Est-ce que j'aurais aimé…

Oui, c'est vrai tu as raison ; C'est trop tard maintenant. Qui voudrait d'un vieillard dont le CV n'est rempli que par le mot « balayeur » pour incarner un Rodrigue dans la force de l'âge ? Même moi, je crois que je n'en voudrais pas ! Je suis condamné à laver par terre jusqu'à la fin, en espérant (en vain ?) pouvoir vous rejoindre dans la petite maison rouge à Brescia…

Dans ta prochaine lettre, s'il te plaît, parle moi de la façon dont votre Noël s'est passé. Est-ce que, comme chaque année, une pièce a été joué sur la place de l'église ?

Prends soin de toi ma Carolina, et embrasse Stefano … Dis lui qu'il me manque … Que vous me manquez !

Luca, ton frère.

PS : Je joins un autographe de Giorgia Marini pour Stefano.

Lundi 2 décembre 2009
LYON

Ami,

Je souhaitais te raconter comment j'ai vécu cette pièce de théâtre qui m'a bouleversé il y a quelques années…

20H. J'assiste a la première d'un acteur qui ne m'est pas étranger qui m'est même familier. Je prends place dans un fauteuil rouge vif. Le rideau se lève. Il évolue sur scène maladroitement, l'œil vif. Sa détermination comble ses quelques lacunes. Un clin d'œil. Comme s'il voulait me dire à moi assis au fauteuil n°45, corbeille, côté impair « Ca va le faire, petit frère ». Je suis en admiration, devant moi évolue mon modèle. Il gravit des montagnes. 20H22. Sa voix est désormais sûre. Il enchaîne les répliques et les mots comme des bulles éclatent joyeusement aux oreilles des spectateurs. Sa gestuelle dansante me fait rêver. 20H47. Au deuxième acte il semble faiblir sous la pression, sa voix décroche à plusieurs reprises. Je ne m'inquiète guère, et de mon siège n°45 lui lance quelques encouragements. 21H. Devant moi le bal des techniciens qui dansent avec les poulies prend fin ; le troisième acte peut commencer. Quelque chose s'est passé en coulisse. Son visage maintenant gonflé a perdu ses couleurs. Son corps sportif l'a quitté. Il ne joue plus, il survit. Les mots s'échappent, s'envolent, disparaissent. 21H27. Il agonise. Je le contemple, impuissant, lui souffle quelques mots en vain ; il ne peut plus les attraper. Mais je ressens toujours en lui ce personnage enjoué, bon vivant qui possède l'envie… de jouer. « Tu me l'as dit. Ca va le faire grand frère » Acte IV scène 2. 22H00. Le rideau tombe. Prématurément. 22H02. Je crie au scandale, le spectacle doit continuer. 22H04. Autour du fauteuil n°45, les gens quittent la salle silencieusement. Je réalise que ce n'est pas un simple problème technique. Non. Le rideau ne se relèvera pas. Je tente de réparer cette injustice, de soulever cet épais rideau, ramener l'acteur sur les planches. Mais lorsque je perce le rideau, je ne découvre qu'un jeune homme pâle, livide. Toute émotion l'a désormais quitté, ne laissant qu'un masque. Je l'observe une dernière fois, l'applaudis. Standing ovation. Je sais qu'au théâtre il n'y a pas de touche « replay ». Je déambule entre les fauteuils comme ivre. Dorénavant c'est moi qui effectuerai les premiers pas sur scène. J'ai perdu mon metteur en scène. Je rejoins mon fauteuil n°45. Je ramasse un programme laissé à l'abandon, le feuillette. Le spectacle se rejoue devant mes yeux, comme un feu d'artifice. Les péripéties me font vibrer. Devant cette remontée de souvenirs, le sourire me monte aux lèvres. Je plie soigneusement le prospectus puis le glisse dans la poche intérieure de ma veste. Je jette un dernier regard sur la salle… vide. 23H06. La porte du théâtre claque derrière moi. « Ne t'inquiète pas, ça va le faire petit frère »

Le Petit Frère

Résultats 2009
Le thème du concours était « Voyages en Italie ».

Mon cher A,

J'ai fait un rêve il y a quelques semaines ; depuis que tu n'es plus là pour veiller sur mes nuits, je me console en m'enfuyant désespérément dans un monde imaginaire.

J'étais assise sur la rambarde d'un petit pont de pierre, sous lequel coulait paresseusement une eau verte qui emportait au loin des bateaux de papier que faisaient des enfants. En face de moi, une petite ruelle pavée, entourée de vieilles maisons, des draps blancs séchant aux fenêtres, menait à une grande place. J'ai pensé à cette chanson de Nino Ferrer que tu aimes tant, Le Sud.

« Il y a du linge étendu sur la terrasse, et c'est joli »

je suis restée longtemps sur ce pont, à regarder la vie, tout simplement. D'imposantes femmes discutaient dans la rue, sous les fleurs écarlates qui poussaient sur les terrasses, tout en surveillant d'un oeil distrait leurs enfants qui jouaient près de moi.

Je fais un effort pour me rappeler chaque détail, et autant que je me souvienne l'air embaumait et je pouvais sentir mille odeurs. L'odeur un peu écoeurante des géraniums de la rue, qui me prenait à la gorge, l'odeur du pain qui cuisait dans les maisons, l'odeur de l'eau qui coulait juste sous mes pieds, et sur laquelle passaient, de temps à autre, des gondoles.

« Le temps dure longtemps »

Au bout d'un moment, je me suis levée, et, passant entre les maisons, j'allais à la plage que je voyais du petit pont. Elle était immense, entourée de bâtiments extraordinaires portés par de colonnes de pierre. Au bout de la plage, je voyais une bâtisse, plus belle encore que les autres, avec ses toits en coupoles et ses peintures dorées. Je crois que ce sont les centaines de pigeons qui m'ont fait comprendre. J'étais à Venise.

Mon amour, c'est de cette ville que je t'écris, j'y suis arrivée hier au soir. J'ai retrouvé mon petit pont, je ne saurais te dire comment. Tout y est, comme disait Nino, « il ne manque rien ». Je suis assise sur le parapet et je t'écris.

Viens me rejoindre, on dit que Venise est la ville des amoureux.
Tendrement,

M

Résultats 2008
Le thème du concours était « en s'inspirant d'une peinture »

A ce qui passe,

Je peins pour le plaisir, pour le désir de m'exprimer, pour que vous voyez à travers mon regard ce que je vois, moi.
Ces petits détails qui vous échappent et qui pourtant émerveilleraient notre regard. Ouvrez les yeux et vous verrez !
Vous aimez mes peintures, c'est que vous appréciez les beautés naturelles qui submergent notre monde. Ce pigeon posé sur cette branche est ce que je voudrais être. J'envie ce petit corps frêle, qui n'a qu'à battre des ailes pour partir loin, échapper à tout ce qui pourrait lui déplaire. Nous sommes peut-être des êtres supérieurs, mis lui détient la liberté, le pouvoir de s'évader…
Cette petite fontaine emprisonne l'eau dans sa vasque, mais une seule petite fissure et elle ruissellera où bon lui semble.
Nous les humains, sommes comme ces arbres, ces plantes, ces végétaux,plantés dans le sol, incapables de s'en libérer. La seule échappatoire, le déracinement, ce qui signifie pour nous la mort.
L'homme est un prisonnier, il ne peut choisir son propre destin.
Implanté dans un lieu, qu'il déteste, il ne possède ni ailes, ni issue pour s'échapper.
Moi je veux changer tout cela ; je veux devenir cet oiseau ou encore cette fontaine et m'envoler ou encore ruisseler vers une nouvelle destinée

FRESQUE DE POMPEI , anonyme « JARDIN AVEC OISEAU »

 

Ma chère Fanny,

Voici une petite lettre pour rien, une petite lettre pour satisfaire mon envie d'écrire.
J'étais sur le balcon, là, à l'instant, et j'ai vu le vieil homme à sa fenêtre. Je l'avais oublié. En fait, c'est une peinture, une peinture d'un homme avec une barbe blanche à sa fenêtre, qui regarde dans le vide, vers la rue. Ca m'a fait bizarre de le revoir là.
Je me souviens quand j'étais petite et que je rentrais de l'école, je le voyais toujours sans prêtre attention, je pensais sans y réfléchir que c'était un vieil homme qui regardait à sa fenêtre tous les jours à la même heure sans bouger. Et puis un jour, mon père me l'a montré et j'ai réalisé que ce monsieur était peint sur le mur, dans l'encadrement d'une vraie fenêtre. J'ai trouvé ça très amusant et les fois suivantes je n'ai pas manqué de le regarder, en rentrant de l'école. J'étais persuadé qu'il bougeait quand on ne le regardait pas, ce vieux monsieur, il ne restait tout de même pas tout le temps à sa fenêtre ! Alors à chaque fois, je l'examinais, je regardais si sa barbe était toujours aussi longue, si ses bras étaient au même endroit, si le chat était toujours là et laissait enfin voir sa queue, s'il regardait toujours la même chose. j'ai fini par le connaître par cœur, et il n'a jamais bougé. Quand je suis passé au collège, j'ai changé de chemin, je n'ai plus croisé le fenêtre du vieux monsieur, et je l'ai oublié.
Et là quand je suis sortie, je l'ai vu, le vieil homme. Il n'a toujours pas bougé. Il regarde encore paisiblement la rue, ou le vide je ne sais pas trop, accoudé à la barrière de la fenêtre, et le petit char noir continue à lui tenir compagnie . Mis c'est amusant… ma mémoire m'a trompée. J'étais sûre qu'il y avait des oiseaux peints autour de lui, des oiseaux blancs… mais non, il n'y en a pas… ou du moins, il n'y en a plus. Et si c'étaient eux qui étaient partis ? non, malheureusement, les tableux ne bougent pas. les année passent, et on grandit. Moi je suis restée là avec le vieil homme, et toi maintenant tu est partie…
Tu es partie avec les oiseaux MARIE-LAURE

MUR PEINT (croisement rue de la Thibaudière rue d'Anvers LYON 7ème)